Bandes dessinées magazine

    Cette revue bimestrielle, éditée par Soleil, se voulait « le visage de la BD ». En effet, accompagnant les interviews d'auteurs, on pouvait voir de nombreuses photos et non pas des extraits d'albums, comme c'est le cas habituellement. Cette formule innovante n'a pas sans doute pas rencontré le succès escompté car la revue n'a connu que 10 numéros, de juin 2004 à novembre 2005.

    C'est dans le premier numéro (juin - juillet 2004) que l'on trouve deux pages consacrées à Jean Tabary, avec de belles photos. Il est question dans l'article du dernier album d'Iznogoud, La faute de l'ancêtre, ainsi que d'un certain Al-Tabari, historien musulman vivant au Bagdad au IXe siècle. Enfin, Tabary nous dévoile quelques uns de ses projets, qui n'ont finalement jamais vu le jour...

    Bagdad est moins « magnifique » sous les feux de l'actualité de ces dernières années que sous le crayon de Jean Tabary. Les aventures d'Iznogoud, ces Mille et une nuits fantasmatiques « où les magiciens et merveilles étaient monnaie courante », font aujourd'hui l'objet d'un nouvel épisode.

    Le mois d'avril dernier fut marqué par l'arrivée d'un 27e album dédié tout entier à Iznogoud. D'après l'auteur, l'intrique de La faute de l'ancêtre peut rendre quasi dingo : « Ah, ce n'est pas de la tarte ! L'histoire se déroule sur trois époques différentes : la nôtre, celle d'Iznogoud et enfin, celle de la préhistoire. Jamais je ne donne de texte explicatif et le lecteur suit tout ça d'une traite sans se poser de question. Ce sont simplement des situations qui s'enchaînent les unes avec les autres. A mon avis, il faut s'arrêter en route sous peine de suffoquer. Je ne crois d'ailleurs pas qu'on puisse le lire d'un seul tenant sans devenir fou ! »

    Mais la folie pourrait plutôt provenir du thème lui-même. Cette recherche dans le temps des ancêtres d'Iznogoud nous pose en effet la question des aïeuls de Tabary... Qui sont-ils ? « Il y a tout de même une chose extraordinaire, répond l'intéressé. Si vous ouvrez le Robert des noms propres à Tabari, vous lirez que le personnage a réellement existé à Bagdad il y a fort longtemps. Je n'ai plus exactement le descriptif en tête mais ce Al-Tabari était un historien musulman. En somme un raconteur d'histoire. On croit rêver ! »

    D'autant que Al-Tabari raconta la guerre de succession qui éclata à la mort du fameur calife Haroun Al-Rachid (justement celui des Mille et une nuits), à la fin du IXe siècle de l'ère chrétienne.

    Enfin calife à la place du calife pour de bon

    Notre Tabary national nourri, lui, des projets de contes plus raisonnables. Quoique... Il aimerait beaucoup pouvoir réaliser une BD tirée du film de Braoudé dans laquelle les personnages seraient les caricatures des véritables acteurs. « Ce serait une vraie bande dessinée reconstituant les magnifiques décors et costumes du film. Cela s'appellerait Iznogoud fait son cinéma, ou quelque chose comme ça. » Mais si cet album de 44 pages n'aboutissait pas, Tabary envisage déjà une autre aventure, Iznogoud 1er, calife ! où l'ignoble conspirateur deviendrait réellement calife à la place du calife. Un comble : « On verra ce qu'il est alors capable de faire. Et ce qu'il fera sera catastrophique. Évidemment. »

    Année chargée

    Apothéose enfin pour la rentrée prochaine. Une volumineuse biographie de 300 pages devrait mettre en lumière l'oeuvre de cet auteur bien discret. « Le livre comportera plein de photos de ma jeunesse, de mes parents, de mes neuf frères et soeurs. On y verra mes premiers dessins, mais aussi ceux que j'ai fait à l'armée. Et d'autres comme ceux que Robert Duranton et Steve Reeves, des athlètes qui me fascinaient quand je faisais de la culture physique. Il y a même des photos de moi où je suis assez balèze... »

    Mais, malgré cette frénésie éditoriale, l'homme reste serein. Et sa philosophie demeure bien éloignée de la sauvagerie carriériste incarnée par le vizir Iznogoud. « On me demande souvent le mot que je préfère dans la langue française et je ne réponds pas du tout "Amour" comme beaucoup de gens mais "Respect". L'amour peut provoquer bien des catastrophes. On peut être amoureux et très malheureux. Je souhaite qu'on respecte les autres, leurs idées, leurs façons de vivre, ou leurs façons d'être. »

    Respect donc, Monsieur Tabary ! Et à bientôt pour de nouvelles aventures...

Christian Marmonnier

© ÉDITIONS TABARY