Un petit dossier sur l'adaptation d'Iznogoud au cinéma, comprenant un entretien avec le réalisateur Patrick Braoudé, une interview de Jean Tabary, et les bonnes feuilles d'un livre biographique de l'auteur, par Alain Duchêne, hélas jamais paru. Vous pouvez lire sur cette page d'interview de Tabary.

    Le papa d'Iznogoud, qui vient tranquillement de sortir le 27e album des aventures de son vizir, reste à l'écart de tout battage médiatique dans sa retraite de Charente-Maritime, au milieu de son clan familial.

    Grâce à ce film, on parle beaucoup d'Iznogoud en ce début d'année. Ça va doper les ventes ?

    Vous savez, même quand on a réalisé le dessin animé pour la télé, ça n'a rien apporté du tout. Le public n'est pas le même, il n'avait pas fait le rapprochement. Alors, film ou pas, si on n'assure rien de notre côté, ça ne changera rien, même pour les ventes du nouvel album.

    Faites-vous inviter chez Ardisson avec Youn !

    Non, je suis quelqu'un de très solitaire. Mais ma fille (qui est son attachée de presse - ndlr) m'a coincé. Moi qui ai horreur de voyager, je crois que je vais être obligé d'aller au Maroc sur le tournage du film pour faire un peu de figuration dans une scène de mariage... Notez que le film n'a rien d'une commande, c'est Braoudé qui s'est formidablement battu pour le faire. Je me félicite qu'il y soit parvenu. Mais sachez aussi que mes enfants m'appellent « Monsieur-je-m'en-fous ». C'est vrai qu'en dernier carat, je me fous de tout, à part de mon travail. Je me contente de la vie que je mène ici avec mes enfants et mes petits-enfants autour de moi. J'ai mon petit étang au fond de mon jardin avec ma petite barque, on a une maison d'édition qui marche correctement depuis vingt-cinq ans, bref, je suis calife chez moi et ça me suffit bien.

    Vous connaissez Villeret, dit-on.

    Juste un peu. Je l'avais invité au sein du jury du prix Iznogoud qui se réunit à Paris. Après les « délibérations », il m'avait dit : « Allez, on va chez Régine pour attaquer la tournée des grands ducs ! ». Le reste de la nuit n'a été qu'une longue saoûlographie, je ne vous dis pas l'état dans lequel il était à quatre heures du mat'. J'ai poliment décliné son invitation à aller dormir chez lui et j'ai filé prendre mon train à Montparnasse... On ne s'est pas revus depuis. Mais je suis ravi qu'il tienne le rôe du calife. Et aussi du choix de Michaël Youn pour Iznogoud, c'est vraiment bien pour capter la tendance jeune. Personnellement, j'aurais préféré Richard Berry, qui a vraiment la tronche de mon vizir, mais bon...

    Dans votre biographie, vous révélez que Goscinny vous a fait plancher sur un détective privé avant de vous confier Iznogoud. Vous avez conservé des études ?

    Oh, j'ai dis ça pour l'anecdote... En fait, je ne fais jamais aucune étude pour quoi que ce soit. Même Iznogoud, je l'ai dessiné directement. Et jamais de ma vie je n'ai montré un scénario à un rédacteur en chef, même à mes débuts. Je n'écris rien à l'avance, je tâtonne pendant neuf mois d'idée en idée, de détail en détail, ce qui finit par donner des histoires riches, je crois. Mais Goscinny lui-même me disait que j'étais complètement fou, que j'aurais dû me faire psychanalyser.

    Vous avez commencé l'album qui sortira en même temps que le film ?

    Oui, et je peux vous livrer un scoop, car pour la première fois dans son histoire, Iznogoud va enfin y assouvir son rêve et devenir calife à la place du calife ! Je ne peux pas vous révéler comment, mais le bon gros calife, lui, rétrogradera vizir. Le hic, c'est qu'au temps de sa jeunesse, Iznogoud avait un jour jeté une bouteille à la mer avec un message suppliant qu'on vienne l'aider à mettre enfin le calife dehors. Or, entre-temps, un type a reçu le message et, en toute bonne foi, il va se débrouiller pour déloger Iznogoud et rétablir le calife ! Évidemment, il y arrivera...

Propos recueillis par Jean-Marc Vidal

© ÉDITIONS TABARY